pleurs et tristesses
Posté le 24.05.2008 par mimi40n2
pour toi manon j'espère que tu auras tout ce qu'il faut
Don Diègue et le comte de Gormas ont décidé d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène qui s’aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux don Diègue pour le poste de précepteur du prince, donne un soufflet à son rival. Don Diègue, affaibli par l’âge et trop vieux pour se venger par lui même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue en duel le père de Chimène. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche qui l'aime aussi et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré dans un délai d’un an.
Ce résumé est celui de l'édition définitive de 1660 qui est la version la plus couramment lue.
ACTE I- Chimène se réjouit car son père est favorable à son union avec le jeune Rodrigue dont elle est amoureuse. L’Infante, Doña Urraque avoue, de son côté, à sa gouvernante Léonor, qu’elle a organisé l’union de Chimène et Rodrigue afin que l’amour qu’elle éprouve pour le jeune homme ne puisse plus la détourner de son devoir. Le comte, Don Gomès, père de Chimène sort d’une audience chez le Roi Don Fernand en compagnie de Don Diègue, père de Rodrigue. Les deux hommes se disputent car le roi a accordé le titre de gouverneur du Prince de Castille à don Diègue. Don Gomès soufflette Don Diègue qui ne peut se défendre étant trop âgé. Celui-ci va trouver son fils, Rodrigue, et lui réclame vengeance. Rodrigue, resté seul, se lamente sur ce coup du sort qui l’oblige à choisir entre l’amour et l’honneur. Il se décide à venger son père
ACTE II- Don Gomès discute avec un émissaire du roi et ne semble pas regretter son geste ni craindre la colère du roi. Rodrigue retrouve l’offenseur de son père et réussit à le convaincre de se battre avec lui. Chimène, en visite chez l’Infante, craint que Rodrigue ne tue son père ou ne soit tué par lui. L’Infante propose d’emprisonner Rodrigue pour éviter l’irréparable. Hélas, il est trop tard, un page annonce qu’on a vu le comte et Rodrigue partir ensemble. La passion de l’Infante pour Rodrigue se réveille. Tout en plaignant Chimène, elle imagine que la gloire qui auréolerait le vainqueur du comte, célèbre guerrier, permettrait à une Infante de l’épouser. Le roi de son côté, informé de l’impudence de Don Gomès, est décidé à la punir. Il s’inquiète également de la présence de quelques navires maures à proximité des côtes. Un messager vient annoncer la mort du Comte, tué par Rodrigue. Chimène arrive éplorée et demande justice au roi.
ACTE III- Rodrigue, après son duel, cherche à voir Chimène. Elvire lui déconseille cette entrevue et lui ordonne de se cacher. Chimène arrive et se lamente de la mort de son père et du fait qu’elle n’arrive pas à haïr son assassin. Son honneur l’oblige à se venger, son amour lui impose de pardonner. Rodrigue réapparaît et s’offre à sa vengeance. Chimène refuse de lui donner la mort (« Va, je ne te hais point »). Don Diègue, pendant ce temps, cherche son fils en devisant sur l’impossibilité d’un bonheur parfait. Il aperçoit son fils qui reçoit tièdement ses louanges et souhaite être seul pour ruminer son malheur. Son père lui dit qu’il n’est pas temps, les Maures sont sur le point d’envahir la ville.
ACTE IV- Tout le monde parle du héros Rodrigue et raconte ses exploits dans la bataille contre les Maures. L’amour de l’Infante s’en trouve redoublé. Elle déconseille à Chimène de poursuivre son vœu de vengeance. Le Roi, reçoit Rodrigue en héros et lui demande un récit de la bataille (« nous partîmes cinq cents… »). Chimène arrivant pour demander justice, le roi fait sortir Rodrigue et fait croire à Chimène qu’il vient de mourir. Chimène blêmit et Don Fernand en conclut que son amour n’est pas mort. Chimène refuse cependant de renoncer à obtenir justice. Elle demande un champion pour se battre contre Rodrigue et la venger ; champion auquel elle offrira sa main. Don Sanche, soupirant de Chimène, accepte de se battre.
ACTE V- Rodrigue vient voir Chimène et lui annonce qu’il ne se défendra pas puisque Chimène veut sa mort. Celle-ci, troublée, lui demande de se défendre et lui rappelle qu’elle doit épouser le vainqueur. Elle avoue également ne pas vouloir être l’épouse de Don Sanche. Rodrigue retrouve sa vaillance. L’Infante se désespère de son côté de voir que son amour pour Rodrigue grandit. Léonor vient tuer tout espoir : Rodrigue est perdu pour l’Infante car soit il mourra au combat soit il épousera Chimène. Celle-ci, se lamente car quelle que soit l’issue du combat, elle devra épouser soit l’assassin de Rodrigue soit celui de son père. Finalement c’est Don Sanche qui se présente devant Chimène avec une épée sanglante. Chimène le repousse en l’accusant d’avoir tué la seule personne qui lui était encore chère. Elle avoue au roi, qui l’a rejointe, qu’elle aimait encore Rodrigue. Le malentendu se dissipe quand Don Sanche explique qu’il a été vaincu par Rodrigue. Le roi cherche la conciliation, il donne du temps à Chimène pour son deuil mais lui impose d’épouser Rodrigue conformément à sa promesse d’épouser le vainqueur.
C’est bien l’amour menacé de Rodrigue et Chimène qui constitue presque tout le sujet de la pièce. Cependant, on ne peut nier que la " tragédie de l’infante " est une intrigue secondaire venant se greffer, sans nécessité absolue, sur l’intrigue principale. Corneille d’ailleurs le reconnaîtra dans un passage du Discours : « Aristote blâme fort les épisodes détachés et dit que les mauvais poètes en font par ignorance et les bons en faveur des comédiens pour leur donner de l’emploi.» La " tragédie de l’infante " est de ce nombre.
L’action occupe sensiblement vingt-quatre heures ainsi réparties :
Premier jour, dans l’après-midi : querelle de don Diègue et du comte, duel de Rodrigue et du comte.
Nuit : bataille contre les Maures.
Deuxième jour : assemblée chez le roi. Comme on le voit, la règle des vingt-quatre heures a été respectée mais Corneille dira dans son Examen du Cid combien cette contrainte a porté préjudice à la vraisemblance de l’intrigue : « La mort du comte et l’arrivée des Maures s’y pouvaient entre-suivre d’aussi près qu’elles font, parce que cette arrivée est une surprise qui n’a point de communication, ni de mesure à prendre avec le reste; mais il n’en va pas ainsi du combat de don Sanche, dont le roi était le maître, et pouvait lui choisir un autre temps que deux heures après la fuite des Maures. Leur défaite avait assez fatigué Rodrigue toute la nuit pour mériter deux ou trois jours de repos.[ ] Ces mêmes règles pressent aussi trop Chimène de demander justice au roi la seconde fois. Elle l’avait fait le soir d’auparavant, et n’avait aucun sujet d’y retourner le lendemain matin pour en importuner le roi, dont elle n’avait encore aucun lieu de se plaindre, puisqu’elle ne pouvait encore dire qu’il lui eût manqué de promesse. Le roman lui aurait donné sept ou huit jours de patience avant de l’en presser de nouveau; mais les vingt quatre heures ne l’ont pas permis : c’est l’incommodité de la règle. »
La pièce se déroule en Espagne dans le royaume de Castille à Séville (Corneille a déplacé l’action qui, dans la logique, se trouverait à Burgos). Elle se déroule dans trois endroits différents : la place publique, le palais du roi et la maison de Chimène. Corneille a donc dévié la règle qui préconise le choix d’un lieu unique. Voici les explications qu’il donnera dans son Examen du Cid : « Tout s’y passe donc dans Séville, et garde ainsi quelque espèce d’unité de lieu en général ; mais le lieu particulier change de scène en scène, et tantôt, c’est le palais du roi, tantôt l’appartement de l’infante, tantôt la maison de Chimène, et tantôt une rue ou une place publique. On le détermine aisément pour les scènes détachées ; mais pour celles qui ont leur liaison ensemble, comme les quatre dernières du premier acte, il est malaisé d’en choisir un qui convienne à toutes. Le comte et don Diègue se querellent au sortir du palais ; cela se peut passer dans une rue ; mais, après le soufflet reçu, don Diègue ne peut pas demeurer en cette rue à faire ses plaintes, attendant que son fils survienne, qu’il ne soit tout aussitôt environné de peuple, et ne reçoive l’offre de quelques amis. Ainsi il serait plus à propos qu’il se plaignît dans sa maison, où le met l’espagnol, pour laisser aller ses sentiments en liberté ; mais en ce cas, il faudrait délier les scènes comme il a fait. En l’état où elles sont ici, on peut dire qu’il faut quelquefois aider au théâtre et suppléer favorablement ce qui ne s’y peut représenter. Deux personnes s’y arrêtent pour parler, et quelquefois il faut présumer qu’ils marchent, ce qu’on ne peut exposer sensiblement à la vue, parce qu’ils échapperaient aux yeux avant que d’avoir pu dire ce qu’il est nécessaire qu’ils fassent savoir à l’auditeur. Ainsi par une fiction de théâtre, on peut s’imaginer que don Diègue et le comte, sortant du palais du roi, avancent toujours en se querellant, et sont arrivés devant la maison de ce premier lorsqu’il reçoit le soufflet qui l’oblige à y entrer pour y chercher du secours. »
En 1636, Corneille fait jouer le Cid. La pièce remporte un énorme succès. Richelieu protège Corneille, et le fait anoblir par le roi en 1637. Cependant, Mairet et Scudéry, deux dramaturges vont attaquer Corneille, en l’accusant de ne pas respecter les règles du théâtre classique, entre autres la règle des trois unités, règle instaurée en 1630 à la demande de Richelieu. Ils l’accusent également de poignarder dans le dos la France en guerre contre l’Espagne, en produisant une pièce dont le sujet, le titre, les personnages et les décors sont espagnols. Richelieu demande à l’Académie française son opinion. Il y voit en effet l'occasion pour l'Académie, qu'il avait fondée deux ans plus tôt, de paraître comme le tribunal suprême des lettres, de se faire connaître du public et d’obtenir ainsi l’enregistrement de son acte de fondation par le Parlement de Paris. À la fin de l'année 1637, l’Académie présente un texte mis au point par Jean Chapelain : Les Sentiments de l’Académie sur la tragi-comédie du Cid, qui contient un certain nombre d’observations de style. La plus connue fait référence à Chimène, qui n'hésite que très succinctement à défaire la promesse de mariage accordée à Rodrigue, assassin de son beau-père. La promesse étant respectée, les moralistes se trouvèrent choqués de ce manque de bienséance et de vraisemblance. Toutefois, Corneille n’accepte pas ces critiques, puisque la majeure partie de son inspiration relevait de faits réels et de textes, notamment "Las Mocedades del Cid" de Guichen de Castro. Dans le même temps, ses adversaires le réattaquent et la querelle est relancée. Après quelques semaines, Richelieu donne l’ordre d’en finir : il exige des adversaires de Corneille qu’ils mettent fin à la querelle. Les reproches qu'on lui fit ont été:
le sujet n'était pas de l'Antiquité, mais surtout il était espagnol. Or lors de sa période d'écriture, la France et l'Espagne étaient en guerre.
il est également accusé de n'avoir pas su choisir entre la comédie et la tragédie.
de n'avoir pas respecté la règles des trois unités
son oeuvre n'était pas très vraisemblable
le grand nombre de péripéties:
la querelle entre les deux pères, tout d'abord verbale puis se terminant par un soufflet.
la vengeance de Don Diègue par l'intermédiaire de son fils, pour l'honneur. (mort de Don Gormas)
combat de Rodrigue contre les Maures duquel il ressort vainqueur (récit uniquement)
procès qu'on veut lui intenter
le duel entre Don Sanche et Rodrique qui gracie le premier. (récit seulement)
le piège pour faire avouer à Chimène son amour pour Rodrigue
acceptation du mariage par le roi.
Il modifiera sa pièce, notamment l'acte 1, en 1648: il réduisit l'humour, il se concentra sur l'intrigue principale et sur le côté tragique. C'est en 1661 que la version définitive fut imprimée.
Nicolas Boileau résumera à sa façon la querelle du Cid en quatre vers:
"En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
L'Académie en corps a beau le censurer,
Le public révolté s'obstine à l'admirer."

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Posté le 15.09.2007 par mimi40n2

Alfred de Vigny (1797-1863)
Le cor
I
J'aime le son du Cor, le soir, au fond des bois,
Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois,
Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille,
Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.
Que de fois, seul, dans l'ombre à minuit demeuré,
J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré !
Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques
Qui précédaient la mort des Paladins antiques.
O montagnes d'azur ! ô pays adoré !
Rocs de la Frazona, cirque du Marboré,
Cascades qui tombez des neiges entraînées,
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;
Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons,
Dont le front est de glace et le pied de gazons !
C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre
Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.
Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit,
De cette voix d'airain fait retentir la nuit ;
A ses chants cadencés autour de lui se mêle
L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.
Une biche attentive, au lieu de se cacher,
Se suspend immobile au sommet du rocher,
Et la cascade unit, dans une chute immense,
Son éternelle plainte au chant de la romance.
Ames des Chevaliers, revenez-vous encor?
Est-ce vous qui parlez avec la voix du Cor ?
Roncevaux ! Roncevaux ! Dans ta sombre vallée
L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée !
II
Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fui.
Il reste seul debout, Olivier prés de lui,
L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore.
"Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;
"Tous tes Pairs sont couchés dans les eaux des torrents."
Il rugit comme un tigre, et dit : "Si je me rends,
"Africain, ce sera lorsque les Pyrénées
"Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."
"Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà."
Et du plus haut des monts un grand rocher roula.
Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,
Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.
"Merci, cria Roland, tu m'as fait un chemin."
Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main,
Sur le roc affermi comme un géant s'élance,
Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.
III
Tranquilles cependant, Charlemagne et ses preux
Descendaient la montagne et se parlaient entre eux.
A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées,
De Luz et d'Argelès se montraient les vallées.
L'armée applaudissait. Le luth du troubadour
S'accordait pour chanter les saules de l'Adour ;
Le vin français coulait dans la coupe étrangère ;
Le soldat, en riant, parlait à la bergère.
Roland gardait les monts ; tous passaient sans effroi.
Assis nonchalamment sur un noir palefroi
Qui marchait revêtu de housses violettes,
Turpin disait, tenant les saintes amulettes :
"Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ;
"Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu.
"Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes
"Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.
"Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor."
Ici l'on entendit le son lointain du Cor.
L'Empereur étonné, se jetant en arrière,
Suspend du destrier la marche aventurière.
"Entendez-vous ! dit-il. - Oui, ce sont des pasteurs
"Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs,
"Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée
"Du nain vert Obéron qui parle avec sa Fée."
Et l'Empereur poursuit ; mais son front soucieux
Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux.
Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe,
Le Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.
"Malheur ! c'est mon neveu ! malheur! car si Roland
"Appelle à son secours, ce doit être en mourant.
"Arrière, chevaliers, repassons la montagne !
"Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de l'Espagne !
IV
Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ;
L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux
Des feux mourants du jour à peine se colore.
A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.
"Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent ?
"J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre expirant
"Tous deux sont écrasés sous une roche noire ;
"Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d'ivoire,
"Son âme en s'exhalant nous appela deux fois."
Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !
Posté le 03.09.2007 par mimi40n2
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